logo

Programme d'expérimentations

 

L'informatique?
Ce n'est pas
pour nous
un «service»
dont nous serions
les usagers,
c'est une «activité» dans laquelle
nous sommes
engagés.

 

L'informatique? Non pas un «service» mais une «activité»

Notre objectif n’est pas d’offrir un service de mise en ligne pour le compte d’autrui ni de développer une offre de formation; nous n’avons pas les compétences nécessaires et ce n’est pas notre métier. Nous nous réunissons dans ce PRI pour nous livrer ensemble à des expérimentations utiles à notre recherche et à notre enseignement.

Cependant, nous visons plus loin que la simple maîtrise de logiciels performants. Ce PRI, au premier abord centré sur le repérage et la mise en œuvre de techniques et de pratiques pour internet (recherche appliquée), a plus généralement pour objet d’étude les nouvelles formes d’articulation entre les paroles, les images et les sons (recherche qui relève de l’anthropologie et de la linguistique). Deux projets plus pointus seront indiqués ici à titre d’échantillons.

 

Clés d’écoute en musicologie et scénographies de la voix

Notre projet de recherches s’inspire de l’ethnomusicologie. Les ethnomusicologues, en effet, ont récemment accompli sur la question des rapports entre le langage et l’audiovisuel une percée que Marc Chemillier, Directeur d'études à l'EHESS et membre fondateur de ce PRI, nous a permis d’incorporer à notre programme en rapatriant sur notre serveur les clés d’écoute qu'il avait produites au Laboratoire d’ethnomusicologie du Musée de l’Homme et à l’IRCAM:

http://ehess.modelisationsavoirs.fr/ethnomus/index.html

Ces nouvelles formes de publication permettent au lecteur de comprendre une particularité d’une musique en la voyant et en l’écoutant. La démarche consiste à scénariser une animation musicale interactive en synchronisant l’image et le son.

Marc Chemillier vient de récidiver en installant sur notre serveur «L'IMPROVISATION ET L'ORDINATEUR», film d'animation interactif et multimédia présentant les recherches sur l'improvisation et l'ordinateur de l'Ircam et de la Cie Lubat.

Sur cet axe de recherches, le PRI «Sites web dynamiques» serait le pôle d’un réseau rassemblant des anthropologues, des linguistes et des informaticiens ayant un intérêt commun, à la fois théorique et pratique, pour l’articulation des paroles, des images et des sons. La prochaine étape sera la création de ce que nous proposons d'appeler des «Scénographies de la voix». Francis Zimmermann développe ce projet sur le site:

http://ehess.tessitures.org/scenographies/

 

L’écriture numérique et l’édition de notre pensée

Notre objectif est d’inventer de nouvelles manières d’écrire et publier. Dans les offres de services informatiques existantes, par exemple, jamais l’auteur d’un texte n’est autorisé à choisir sa police de caractères ni a fortiori sa mise en pages (ce qu’on appelle la «feuille de styles»), or la publication un peu subtile de contenus scientifiques implique un travail de création intellectuelle sur les écritures et les styles. Citons en exemple les pages composées par Pascale Haag pour le site Kasikavrtti hébergé sur le serveur dédié du PRI Sites Web Dynamiques:

http://ehess.anglesdelasie.fr/kasikavrtti

dans lesquelles elle étudie sur des photographies à haute résolution de manuscrits sur feuilles de palmier les habitudes des scribes. Il faut s’abonner en ligne pour accéder à ces pages qui sont sous copyright; c’est un projet international Paris-Poona-Oxford-Vienne, dont Pascale Haag a en charge le site web, véritable outil d’écriture scientifique; il s’agit du projet d’édition critique en ligne d’un célèbre traité de grammaire sanskrite. Ce site vaut à sa créatrice les plus grands éloges de nos partenaires étrangers.

Cette approche de l’écriture est inédite et se caractérise par le fait que l’édition stricto sensu (structure, graphisme, mise en pages, illustration, indexation) sera congénitalement intégrée à l’écriture du manuscrit. Le site web ne sera donc pas un accompagnement du livre mais une version différente de la version papier. L’œuvre n’est plus fixée puisque ses pages sont recalculées par le serveur à chaque lecture. Autour de ce renversement de nos rapports traditionnels à l’écriture, notre projet est de questionner la nature de l’écriture et de la propriété intellectuelle:

  • L’inter-opérabilité entre logiciels d’écriture et de publication, les uns tournés vers l’édition papier (InDesign par exemple) et les autres tournés vers l’édition électronique (Dreamweaver, Flash…);
  • La sécurité et l’administration des droits d’accès aux textes numérisés: le cryptage, la signature électronique, les codes d'accès nécessaires pour faire le tri des lecteurs autorisés;
  • Le texte écrit change de nature lorsque d’un clic de souris, en passant d’un template à un autre ou en créant un événement javascript qui provoque l’ouverture d’un morceau de musique ou de film dans une page écrite en XHTML, le lecteur interagit avec la cinématique de la page web en animant les images et en les mêlant aux sons.

Entre l’écriture d’un manuscrit et l’imprimerie, la division du travail qui prévalait depuis cinq siècles en Europe est en plein bouleversement. Pour épouser cette mutation, les chercheurs en sciences sociales, dont la vie intellectuelle et scientifique consistait jusqu’à présent à produire des manuscrits et les confier à des éditeurs, apprennent dans ce PRI à maîtriser l’écriture pour le web (en XHTML), la gestion hiérarchique du contenu (les logiciels de la famille des CMS) et les techniques de protection des données mises en ligne (annuaires, mots de passe, cryptage, backups). Cela va bien plus loin qu’une simple avancée technologique, car nous sommes en train d’inventer de nouvelles formes de vie intellectuelle et scientifique.