L’Atelier International de Recherches sur les Usages Publics du Passé (EHESS) propose deux journées et demie d’études consacrées à:
LA QUESTION DU TRAUMA DANS L'INTERPRÉTATION DU PASSÉ
du jeudi 7 juin au samedi 9 juin 2012
Faculté Libre de Théologie Protestante de Paris
83, Boulevard Arago Paris 14 – Amphithéâtre -
Même s’il a subi, au gré des avancées, d’importants remaniements, le concept de trauma, ou de traumatisme, a toujours été central au sein de l’appareil théorique de la psychanalyse. Ces dernières années, il survient de plus en plus hors du champ clinique, dans les tentatives de transmettre l’expérience des survivants, des rescapés, ainsi que des victimes indirectes des expériences génocidaires du 20è siècle, qui n’ont pas vécu l’événement traumatique, mais ont été terrassées par la massivité de la perte (comme les enfants de survivants). Accepté par les sciences sociales, le concept de trauma nourrit également de nombreux textes littéraires ainsi que des œuvres d’art. Sans doute, est-on devenu plus sensible à la manière dont certains événements historiques perturbent gravement les capacités de symbolisation des individus, attaquant leur capacité de pensée.
Toutefois, à relever rapidement les occurrences récentes en sciences sociales, on a parfois l’impression qu’on utilise la notion du trauma (ainsi que les termes qui y sont massivement liés : victime, deuil, résilience) comme si elle était porteuse de sa propre explication. N’y-a-t-il pas un élargissement imprécis du terme, une sorte de banalisation ? Le risque est de nous contenter d’une vision trop « factuelle » du trauma, de perdre son épaisseur temporelle, à savoir les stratifications et les résurgences, mais aussi l’enjeu qu’il y a à considérer les dimensions de la vie psychique dans l’interprétation du passé. Qu’en est-il des notions d’ « après coup » (S. Freud), de « traumatisme biphasé » (S. Ferenczi), ou de « trauma cumulatif » (M. Khan) ?
Un autre niveau de questions concerne les expressions du trauma. Comme nous l’avons déjà signalé, les traumatismes viennent impacter le récit. Pour cette raison, la verbalisation est de plus en plus souvent conçue comme une expérience cathartique indispensable pour l’élaboration du trauma. Toutefois, une écoute publique des pensées « toxiques » (W. Bion) est-elle possible ou même envisageable ? Et si le récit était une source périlleuse de retraumatisation ou de revictimisation ?
Afin d’aborder ces questions, il convient de parcourir et d’analyser comparativement différentes situations sociopolitiques contemporaines où la question traumatique intervient comme un problème d’élaboration collective ambivalente au regard du passé. Dans cette même perspective, nous envisageons de nous interroger non seulement sur des gestes littéraires et philosophiques de traduction artisanale ou déconstructive de l’« expérience traumatisée » (sa perte, W. Benjamin) mais aussi sur les formes artistiques d’élaboration du trauma. Comment « translater » le trauma ? Y a-t-il une éthique, voire un performatif de la forme ?
Ces journées ont été préparées avec le soutien de : l’EHESS ; la Faculté Libre de Théologie Protestante de Paris et le Fonds Ricœur.
Nous remercions pour leur collaboration le groupe de recherche « Art contemporain et temps de l’histoire » (CEHTA-EHESS / Ecole des beaux-arts de Lyon), dirigé par Giovanni Careri et Bernhard Rüdiger, et le Programme de Recherches Interdisciplinaires de l’EHESS « Le fait guerrier et les violences armées. Politique, stratégie, société », coordonné par Stéphane Audoin-Rouzeau et Gilles Bataillon.
Equipe de coordination pour l’Atelier : Olivier Abel, Sabina Loriga, Isabelle Ullern
Contact : usagesdupasse[a]gmail.com
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